Texte

Textes poétiques (1970)

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Des pas

A présent il fait calme. La journée prend l’allure majestueuse d’un drap immaculé sur un lit d’hôpital, asile dont les murs lisses et sans vie sont sans vie sont sans tain, sans mémoire, hospitaliers, accueillant le malade qui succède à celui qui est mort.

L’aube s’encadre dans la fenêtre, se croise les bras avec indifférence ; il n’est pas six heures et déjà les couloirs frémissent sous le feutré des pas. Un chuchotement. Une toux al éveillée ou pas encore. Le sommeil sur lui-même se retourne une dernière fois. Bientôt l’hôpital entier va s’éveiller.

Le Pays de Nulle-Part

La nuit donne à certains lieux le pouvoir de s’incarner dans le rêve.

Un mois s’est écoulé depuis la nuit que nous avons passée ensemble à Saint-Germain puis aux Halles. Cette nuit avait été douce, mais plus doux encore fut le matin qui devait en partie l’effacer, la dissoudre dans un appareil de couleurs tendres et tièdes, un appareil de fragilité menacée qui faisait écho dans le ciel, jusqu’à l’oubli des nuages, au frémissement de l’air réchauffé par les hommes et la terre. Des savant dégradés, de subtiles nuances assuraient le passage sans heurt de la parole au silence.

Le taxi s’était arrêté rue de la Trémoille. Tu en descendis comme d’un songe qui, pour toi, finissait là, mais qui pour moi continuait.

Est-ce un objet perdu ?

Psychanalyse du sel (pour Jacques Herold)

La valorisation énigmatique du sel dans la poésie - peut-être dans les rites - reste abstruse, et peut-être même au thaumaturge que le rayonnement obscur de la substance fascine et dont il fait la composante d’une image poétique, tant qu’on ne se réfère pas à la dynamique d’un "appétit" des passions. La soif du coeur, la soif du sang, l’inaltéré, l’éponge, le sable... Il faut compléter l’étude des rêves et de l’eau par une psychologie de la soif, de l’eau salée, de l’eau qui ne désaltère pas, de la présence dialectique des contraires. La séparation des éléments (élimination de l’eau par évaporation ; la gemme, le cristal apparaît). L’eau s’est évanouie dans le cycle qui prépare une nouvelle condensation. La matière, elle, a pris forme et poids, naissant comme Aphrodite constellée de cristaux, statue surgie d’une onde saline.

La Taverne après le cinéma

Elle faisait un effort pour se haïr et ne réussissait qu’à me persuader qu’elle s’aimait. Le sourire qui flottait sur ses lèvres s’adressait à elle seule et elle seule était sans doute hors d’état de se rendre compte qu’elle souriait. Je lui trouvais une douceur un peu lasse à laquelle cette lassitude mettait un comble encore jamais atteint ; son corps tout entier semblait se mouvoir au ralenti dans un sommeil qui s’étendait autour d’elle comme un tapis moelleux sur lequel, malgré l’envie que j’avais de l’enlacer, je n’osais m’avancer.

Dans certains poèmes

Dans certains poèmes, ou dans certains vers, le jeu des sonorités doit comme la surface de la mer éprouvée par le vent, rendre le sauvetage du sens difficile. Celui-ci doit n’être rendu qu’in extremis à son existence, n’apparaître que moribond imbibé de l’élément dissolvant et n’être arraché à l’immersion ambiguë que pour être promis à un salut incertain :

Un vide s’il le faut au saut du lit ma chère
et hop nous pataugeons
laisse aux marais le putride
épaisseur épaisseur
crème des jours
pâte musicolore badidi badidi
badigeon de bâtards à rebours du bonheur
je n’hésite pas à citer mon ami Alfred
qui savait que les oreilles sont faites pour voir
et les yeux pour entendre
viens plus près de moi une fois encore
sais-tu qu’à chaque tour le sang court à sa mort
badidi badidi et qu’il est rouge à chaque tour plus fort
O mon doux amour raisin qui pend à l’arc-en-ciel
regarde vers le point où explose la treille
ce point est un point d’interrogation nuancé
et au-delà car je vois bien plus haut plus loin pour jamais
la minéralisation du vol se poursuit.

Réticence ou dernière fois

Ainsi qu’on cède une place à l’ennemi qui vous harcelle et ainsi que l’on connaît les faiblesses pour lesquelles on abandonne cette place, mais sur lesquelles, O raison, on fonde l’espoir de la reprendre.

Jamais elle ne fut plus prompte à se déshabiller et comme j’hésitais moitié sincère et moitié par tactique à la prendre :
- C’est la dernière fois, me dit-elle.
- Ce ne fut pas la dernière fois : chez elle, la grippe !
Vint le jour où le portrait que l’on se fait de soi-même est tellement surchargé tellement confus que l’on a besoin pour s’apercevoir et retrouver des lignes profondes de recourir à l’image que les autres ont de vous, surtout auprès de ceux en fonction desquels le visage s’est composé des traits décisifs. Ce besoins se fait jour tôt ou tard, fruit d’une inquiétude, d’une angoisse qui plus forte que des peurs, des préventions, des répulsions vous ramène à des êtres que l’on avait "semés" en route. Et toi si tu reviens un jour dans cet esprit vers moi, je veux, en ne me souvenant que des joies données et des plaisirs reçus t’offrir le visage heureux des jours qui t’ont illuminée.

Quel confort aussi de faire de sa tristesse un continent lointain nécessitant pour l’atteindre la traversée d’un océan et la patience d’un long voyage entrepris dans l’incertitude d’y jamais aborder.

Les Archives

Le problème se pose. La lui enlever, comment ? Si je lui enlève sa culotte, elle va croire que je la lui enlève pour la lui enlever. Ah non non ! Pas d’équivoque. Surtout pas d’équivoque. je veux la lui enlever simplement pour la lui enlever : pour rien d’autre. Je suis comme dirait La Bruyère, un amateur de culottes, un collectionneur de culottes. Je veux fonder un musée de la culotte. Pas de n’importe quelles culottes. Un musée de la culotte qui a été portée, que dis-je ? Qui est portée.

Comment le lui dire sans que cela paraisse équivoque. C’est évidemment équivoque. Lui enlever sa culotte et lui expliquer pourquoi ? Bien sûr, c’est ce que je vais faire. Je vais lui enlever sa culotte en lui disant (vais-je lui dire : ma petite, je t’enlève ta culotte simplement pour t’enlever ta culotte). Mais là c’est qu’elle risque d’être vexée. Elle risque d’être dans la situation de me dire : tant que tu y es prends-moi aussi. Pas que la culotte. Ah, comment savoir ? Et si je ne sais pas ! Si j’hésite, si je renonce, qui fondera le musée de la culotte ?

Si au moins elle me simplifiait la tâche, me faisait savoir si elle porte une culotte dans l’espoir qu’on la lui enlève ! Ou si au contraire, pour elle porter une culotte est un refus qu’on la lui enlève. Si elle veut qu’on la lui enlève, elle pourrait me la mettre, convenir d’un code, faire savoir en ne la portant pas, en la tenant à la main en se promenant avec sa culotte sur la tête si elle est d’accord pour qu’on la lui prenne.

Le problème se pose. Moi je crois qu’il faut renoncer. Pourtant, j’en rêve de ce musée. Ce n’aurait pas fait un musée comme les autres, un musée rébarbatif : pas de gardien. Des mannequins vivants pour présenter les pièces exceptionnelles. Une salle de conférence pour donner des leçons aux enfants des écoles. J’aurais écrit un opuscule ; je l’aurais appelé : "La Capture de la Culotte" ; ce n’est pas que je tienne au mot : capture, mais pour l’enfant, il y a là un parfum d’aventure. J’aurais pu dire ; l’enlèvement ou l’abaissement de la culotte, ce qui un peu vulgaire. "L’Attaque de la culotte" est trop brutal et fait Western. Alors j’ai retenu "La Capture de la Culotte". Mais tout ceci est un rêve. Non le Musée de la culotte n’est pas près d’être fondé d’équivoque. Surtout pas d’équivoque. Je veux la lui enlever simplement pour la lui enlever : pour rien d’autre. Je suis comme dirait La Bruyère, un amateur de culottes, un collectionneur de culottes. Je veux fonder un musée de la culo

Comment le lui dire sans que cela paraisse équivoque. C’est évidemment équivoque. Lui enlever sa culotte et lui expliquer pourquoi ? Bien sûr, c’est ce que je vais faire. Je vais lui enlever sa culotte en lui disant (vais-je lui dire : ma petite, je t’enlève ta culotte simplement pour t’enlever ta culotte). Mais là c’est qu’elle risque d’être vexée. Elle risque d’être dans la situation de me dire : tant que tu y es prends-moi aussi. Pas que la culotte. Ah, comment savoir ? Et si je ne sais pas ! Si j’hésite, si je renonce, qui fondera le musée de la culotte ?

Si au moins elle me simplifiait la tâche, me faisait savoir si elle porte une culotte dans l’espoir qu’on la lui enlève ! Ou si au contraire, pour elle porter une culotte est un refus qu’on la lui enlève. Si elle veut qu’on la lui enlève, elle pourrait me la mettre, convenir d’un code, faire savoir en ne la portant pas, en la tenant à la main en se promenant avec sa culotte sur la tête si elle est d’accord pour qu’on la lui prenne.

Le problème se pose. Moi je crois qu’il faut renoncer. Pourtant, j’en rêve de ce musée. Ce n’aurait pas fait un musée comme les autres, un musée rébarbatif : pas de gardien. Des mannequins vivants pour présenter les pièces exceptionnelles. Une salle de conférence pour donner des leçons aux enfants des écoles. J’aurais écrit un opuscule ; je l’aurais appelé : "La Capture de la Culotte" ; ce n’est pas que je tienne au mot : capture, mais pour l’enfant, il y a là un parfum d’aventure. J’aurais pu dire ; l’enlèvement ou l’abaissement de la culotte, ce qui un peu vulgaire. "L’Attaque de la culotte" est trop brutal et fait Western. Alors j’ai retenu "La Capture de la Culotte". Mais tout ceci est un rêve. Non le Musée de la culotte n’est pas près d’être fondé.

Notice :
Cet extrait recueille divers textes poétiques titrés séparément et rédigés au plus tard en 1970.