Texte

Rêverie pour le futur (2013)

Extraits :

« Il faut que je survive à ma tendre jeunesse »
À la suite des surréalistes et de COBRA dont certains furent ses proches, Jean Raine se plonge dans une recherche tumultueuse, organique, caustique, au mépris des conventions. C’est un homme paradoxal : d’un tempérament autodestructeur et minutieux archiviste, portant un regard sans illusions mais non sans ironie sur la vie et ses compromis, il est porté par une foi obstinée en la peinture comme moyen de se sauver, dans un éloge de la fuite qui donne à voir l’Homme confronté à l’univers aussi bien qu’à lui-même. Beauté du geste, tentative d’équilibre dans le déséquilibre, libération, exil, espoirs, souffrances et doutes. Eblouissante intimité révélée par les profondeurs de l’encre, où parfois l’humour affleure. Foisonnement coloré où prédomine l’effervescence chaotique du moment. JR travaille le cerveau dans la main par séries rapidement exécutées, dans l’urgence, parfois dans l’ivresse, et sans repentir. Delirium, plongée au cœur d’un bestiaire où cohabitent parfois difficilement animal et végétal. Grouillement d’Avant le déluge, dans l’énergie, dans l’instant. Mais au fil des ans construisant son Œuvre.

Ecrivain, cinéaste, peintre et artiste maudit - y compris par lui-même ; voici un portrait assez réducteur. Bien que chaotique et couvrant avec le même engagement plusieurs disciplines, le parcours artistique de Jean Raine mérite une attention plus nuancée. Lorsque, les mots ne lui suffisant plus, il décide de réaliser, sur papiers de toutes sortes et dimensions, dessins et peintures, il y attache au moins autant d’importance qu’à ses écrits. Et la présence de plusieurs de ses œuvres dans de grandes collections muséales semble lui donner raison. Il n’a toutefois pas encore la reconnaissance qu’il mérite.
Comme l’écrivait Bernard Lamarche-Vadel : « Il y a une grande injustice à son endroit dans la mémoire contemporaine ». L’amicale confrontation programmée au CIAC, ce dialogue provoqué entre un vaste ensemble d’œuvres de JR – dont certaines jamais montrées auparavant – et les œuvres de jeunes artistes ne l’ayant pas connu, voudraient, pour leur part, y remédier.

Il ne s’agit pas d’éclairer la peinture de Jean Raine à la lueur de quelques-uns de ses célèbres contemporains et/ou proches, dans une commémoration qu’il n’aurait sans doute pas goûté. Il s’agit de créer de toutes pièces un dialogue avec de jeunes artistes qui ignoraient tout de JR, dont aucun n’est peintre et dont chacun, dans son travail de photographe (Oan Kim), de plasticien (Jérémie Bennequin), de poète (David Christoffel), de musicien (Henri Roger), rejoint le ton, le goût et les préoccupations. Non pas dans un hommage ou une filiation formelle mais dans un état d’esprit, une manière de voir et de faire. Pour que, par contrepoint, chacun mette en valeur le travail et les enjeux... de l’autre.