Texte

Quelques Pâleurs d’amour (1970)

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ANIMAUX
Sois calme sois tendre
dis à l’enfant son chagrin
sois plus fragile que les cils
et que les doigts de la main

plus imprévue qu’est l’ombre
de la bosse de mon oncle

sur le dos du lapin
qui s’amuse à courir
pour amuser ses pattes

travaille à ta minceur
et sois vite mon lapin
si tu veux être chatte

1952
Voilà qu’un nom te Pompe ô Muette
entre Montreuil et Saint Cloud
j’ai fait souvent le trajet debout
pour faire l’amour dans ta chambrette

tu pense si je connais les noms des stations du métro
Havre où je n’avais aucun repos et de surcroît Caumartin
Miro j’ouvrais l’oeil
Saint Philippe tout juste avant Franklin
et puis j’en passe
enfin Trocadéro
enfin Ranelagh enfin Jasmin
Auteuil puis Molitor
de Michel-Ange à Michel-Ange
le temps était si long d’arriver jusqu’a toi
que jamais nous n’avons passé tout entière une nuit blanche

A VINGT ANS
Elle trace elle tressaille
elle fait du sommeil avec rien
elle fait mille façons
elle met deux valets noirs dos à dos
cloués à la muraille
elle a peur d’avoir faim
la peur la transforme en lapin
le chasseur la décore
du plomb d’une médaille

LE THÉ
Or les noix crachent
sans la moindre illusion
le regard trahit la salive en secret
le fil de l’appétit essouffle sa bobine
l’espace d’une truffe sur le billard des sons
fait craindre le retour soudain des violons
car les noix crachent adieu
adieu bobards adieu gentille enfant
aviez-vous quand je vous vis déjà toutes vos dents
vous étiez spectaculairement un petit personnage
une noix
dont on disait comment parait-elle son âge
et qu’elle n’ait pas un cheveu blanc
chaque repas était un chef d’oeuvre d’hygiène
ils commençaient au dessert pour finir par ce qu’on aime
des coussins de tiédeur se faisaient dévorer
te souviens-tu de ces repas nez à nez
nos coudes se faisaient du genou
nous nous tordions le cou
et à présent le présent se fissure

MA JOLIE
Le cercle de la lampe étreint de doux décombres
mon coeur bat dans ton ombre
tu es si jeune encore
et ton front est celui d’une femme déjà
tu crois à la galerie à la gamme
au piano du sentiment
à l’univers sonore de la connerie
ton con s’ouvre tout grand
ainsi qu’une fleur
et je le vois s’ouvrir pour d’autres avec envie
ou pour personne
car le jeu de s’ouvrir est un jeu trop flagrant