Texte

Pour Tom Gutt (1978)

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Je me sens vieillir et bien près de la tombe. Ma face s’élargit : un sourire près des larmes. "Jeune encore il est vrai". Le Cid réclame une scène sans mesure mais l’antithèse fait loi : Je vis dans l’outre-tombe, la dalle funéraire portée à bout de bras.

POUR TROIS SOUS DE SALPÊTRE
L’horreur de nos dimanche est le Saint Honoré. Nous grossissons de corps et maigrissons de l’âme. On se perd en recettes à brouter l’idéal. Hegel est fasciste trahi par son système. Je vois au loin des queues de rats et de souris. La cheminée de mon usine ricane. Nous sommes en faillite.

PROTHÈSE
Minuscule incident qui blesse la gencive. Pour six dents qui me restent opère un cure dents. Splendeur des palais nus implantés aux frontières. Tout est postiche en somme, comme si de rien n’était. Des voiles à profusion font office de muqueuses. Au centre de la face est un gouffre béant.

LA LOI DU...
L’oubli chose capitale. Sans cesse devenir aux confins de l’absence. Ignorer son futur mais sans omettre rien du projet que sous-tend la perte de mémoire. J’oublie donc je suis. Des splendeurs abondantes font déborder la coupe. J’aime écrémer le lait. Les vaches sont des ponts sur leurs pattes fragiles. Rire aux éclats pour maigrir sous l’oreille.

ZODIAQUE
Nègre si possible et roux tout à la fois. Mon singe a stature d’obélisque. Le temple est le reflet d’un temps mort qui chemine hors de soi. Une illusion persiste, hier est un lendemain que sans cesse j’efface sur un pare-brise ardent. Entre le feu et l’océan, je cherche le fugace, des étoiles, des poils, des cornes de taureaux.

LA TABLE ET SON PROFIL
Quatre pattes à la fois font plus que deux visages. Un coussin d’air suffit. Forte l’expiration. Le tablier ne pèse et cependant l’aurore d’un verre et d’une bouteille fait beugler les cacouins. Horreur ! Leurs orteils sont coincés entre sol et planètes. Tout devient nébuleux. Ils sont ivres de coups.

SUR-POP
Tendre est l’aéroplon, le cousin de ma nièce. L’hydrogène nie le poids. Ensemble nous volons et survolons les caisses d’un musée qui existe. Marcel Broodthaers est mort mais sa misère survit. Du bois sec tamponné au pochoir qui fait tilt : Picasso et Dupont. Du vide assurément. Prière de vérifier. Coquilles d’oeufs et de moules. Pop pop pop. Je t’embrasse Marcel. Non. Je t’étreins.

EMPIRE
Là le printemps, là l’été, là l’automne, là l’hiver etc... Je n’ai pas assis la beauté sur mes genoux mais ô combien je suis Narcisse. Réflexion faite, je suis Caligula. Mon chien est un cheval. Je meurs d’envie de mordre et de crever soudain. Sénateur exémateux. Décidément il me faut anoblir l’animal. Mon chien dorénavant s’appellera von der Buck.

REGARD HUMIDE
Ce coup véritablement la rade est à sec. Quilles au vent, de la merde étalée, le slip est superflu. Les plongeons sont des cornes gravissant les falaises. De l’eau, toujours de l’eau lustrale ou stagnante. Wallace fait le génie d’admirables fontaines. Je ris, je meurs, j’écoute, je dévore les pavés.