Texte

Péniblement (1950)

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Comme si rien ne s’était passé.

Nous achevions notre énumération de plantes. On en dit hélàs toujours trop sur l’avenir. C’est une erreur.

Pédoncules de cire, fleurs mortes, pistils gélatineurx, pétales réceptifs, tranche pourpre de matière,terre labourée, plantes gymnospermées, yeux plantés sur vos tiges soudainement nées. Voilà notre mystère.

Il nous vient de très loin, d’une cité profane, par mer et par naufrages et mots silencieux. Il vient en piano sur le clavier des routes. Sans y prendre garde, on le traverse à la vitesse des nus qui chantent à fendre un coeur, on le terrasse avec des cris sanglants, on le chante aux carrefours de nos villes. On le murmure aux reflets des amants sur les murs tristes. On le fait macérer dans l’alcool de nos vies. On le dévore dans notre pain et pour finir, on le fait prendre par la police et on le pend.

Pauvres musiciens.

En alignant des mots on espère se sauver. C’est son mal qu’on résume. Il nous faut sans répit voyager et vivre nos marées. C’est un slogan. Pour la publicité, voyez néon, fond constitutionnel épileptique. Ecoutez tout autour ces romances, ces rêves fades sont les nôtres. Il faut chercher le chemin du retour et foutre le camp. Tambour-major de la journée,on marche au régiment de la maturité vers le gouffre.

Là-bàs, la valse du sommeil, au bal, au cimetière au fond de l’océan.

Nous achevons notre énumération de plantes. Dieu que c’est long et difficile.

On réfléchit, on pense, - on a tort bien sûr - on n’est plus sûr de soi, on sombre et on se noie

sans fleur, sans rêve
et des cristaux de chagrin
sur nos cils de neige

C’est désormais l’hiver. On frappe à la porte. En toute conscience, je donne tort au voyageur. Il entre. Je m’en fais une raison. Dieu que c’est long et difficile. Il énumère des noms de plantes. Rêvons à deux, c’est plus commode.

Enlevez les femmes et les assiettes. Les domestiques affreux sont tous sortis.

Nous le ferons nous-mêmes. Courage. Le sommeil guérit les maux d’estomac.

Tout redevient pénible. Le thermomètre marque Quarante et un d’amour et le mercure reste sous verre. Tant pis. Nous nous ferons l’aumône de nous dire des chapelets perlés de beaux cantiques. On vient encore ? On se nourrit de cette ivresse. Puis on se reprend. On repart. Notre sexe se détend et s’allonge comme notre ombre, comme un serpent.

On se pend en simulacres. Que c’est pénible. D’abord les pieds, et puis les dents pêle-mêle au fond d’une boîte, un torse d’éléphant, des fémurs dans l’ammoniaque.

Je suis brisé, je ne vois plus, des lunettes de flamme, dix sous au fond de ma poche, je suis pauvre comme Job et décapité comme Saint Jean Baptiste. On n’y voit plus. Que c’est pénible. Appelez un curé, qu’il creuse lui-même la tombe, car moi je monte au bout de ma corde, comme un ballon.

Radio, diffuse sans cesse mes illusions. On piétine quand on n’a plus les deux pieds sur la tête. Ma plume gratte, je désapprends mon autographe. Pendu. C’est pénible. Une fleur de plus que ce gibet. La belle plante.

Ne vous affolez pas, c’était d’un drôle à délirer.