Texte

Mon cher Jean (1978)

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Mon cher Jean,

Personne n’aurait pu supposer que Sigmund était en train de se suicider. Il vivait, en ce temps là, à Paris, entouré par la crème des intellectuels, et en particulier des psycho-analystes ; rien ne lui manquait, ni amis, ni moyens, ni quoique ce soit.

Lui, Anne et Salomon allèrent en Italie. Belle voiture, bons hôtels, très belle maison à Venise ; eh bien ! Pendant le voyage au retour, il se lança hors de la voiture, et grâce seulement à je-ne-sais-pas-quel saint ou prophète, Salomon qui conduisait, n’allait pas trop vite, disons 100 km à l’heure

Un acte imprévisible, absurde, et, surtout, pas dans le caractère félin.
Je me suis posé la question : pourquoi un chat de haut-quartier se suicide-t-il ? Il faisait chaud, OK ; Bref : il ne mourut pas. Il est bien, maintenant, mais ses patrons ont dû le chercher pendant trois heures dans un champ de maïs. La seule conséquence aujourd’hui, est qu’il me semble parfois, emmerdé, mais beaucoup de fois je me sens aussi comme ça.

Alors j’ai décidé d’écrire un livre ; et j’ai obtenu la participation de mes meilleurs amis, c.a.d. Salomon Resnik et Anne Taquini, qui ont vécu la terrible expérience, Paul Aletrino, critique d’art en Amsterdam, et maintenant, j’espère, Jean Raine. Je pense que tu pourrais faire cela (encre noire s’il te plaît) tout de suite car l’émotion du cas Sigmund doit être encore déchirante.

Soit que tu écrive des mots, soit que tu dessines des images, je pense les reproduire photographiquement. Alors utilise des feuilles 10 X 10, c’est mieux.

Comment vas-tu mon ami ? Je t’embrasse.