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La pensée difficile (1957)

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LA PENSÉE DIFFICILE

La main parle
la main chante
elle est l’ombre de la voix
je re cherche autour de moi
je fais le geste de te voir
sans regarder
je prends le temps de tout te dire

L’OEIL DE L’EAU

La beauté a ses forêts
son ciel opposé à la terre
un été pour t’aimer
un hiver pour te plaire
le vent pour te penser

Elle a le sang de tes dents blanches
elle a tes doigts baignés
l’ombre penchée des fleurs
dans l’eau de ton silence

dans l’eau qui te respire
elle a leur immobilité

elle est le fil de l’eau le rêve qu’elle étire
l’image penchée que tu admires
tout le ciel
la peur et les frissons
qui vont mourir dans les roseaux

SANS TITRE

souviens-toi nous fûmes à Cayenne
souviens-toi des cachots
du poivre des galères
nous ramions en cadence sur des airs d’opéra
toi tu chantais Malbrough
et moi s’en va-t-en guerre

mais sans doute
se souvenir ne te plaît pas

D’UN ICI À LÀ : JUPITER

Jupiter
Jupitoche
Jupin
j’ai l’ouïe fine
Ju oui pin
Junon pi
ah ah Jupipite
Juju que j’t’arose

JE T’AIME MAIS À LA FOLIE

Les sentiments
certes
mais faire pleurer les pierres

le laconisme o bouchon
mais sur quelle bouteille

les sonorité de la groseille
o conscience des sons

donne-moi de l’amour
mon amour
la force du tire-bouchon

La tendresse fait image

cent fusées jaillissent d’on ne sait où
pour Geneviève
pour Isabelle
cent fées nues font on ne sait quoi
cent paires de seins cent paire de fesses
enchevêtrent leurs courbes enchanteresses

Zoloé Zoloé
il y a des oiseaux dans ce coin-là

À MARIA PETROV

La terre meurt
des anges dans ton profil

tout te suis où tu vas

ta chair n’a pas de bas
mais tes yeux sont de dentelles

ils sont des fleurs qu’on rencontre parfois

MOTS POUR UNE CHANSON À NADINE BELLAIGUE

Le toit d’un livre ouvert
un feu le froid l’hiver
le vent c’est toi qui passes
une lézarde un mur une crevasse
un monde un univers
des toits des toits des toits
Saint Germain Levallois
un grelot des tourterelles
un frisson un sanglot
un tort une raison
un feu de la fumée
une âme une échappée
ta voix le téléphone
un sourire un adieu
le silence personne

LE CHIGNON

Tes chapeaux étaient extravagants
de hautains peupliers s’élançaient sur les bords
et dans le mausolée central tes cheveux en prière
me faisaient frissonner quand tu le traversais

et puis un jour je t’ai modernisée
investie de confort jusqu’à faillir aux lois
à notre amour manquait ce tout un peu vulgaire
il me suffisait de te dire je vous aime en anglais

et de m’installer dans ton chignon
pour des années entières

LE TRAIN

Pour ma délivrance
de tes larmes ronge mes barreaux
acétifie
désordonne
fais pomper l’eau par personne
ramasse les sous perdus pour le cabaretier
éclafe le café où fructifient deux graines
songe que je ne suis parmi toi
ni parmi ceux que j’aime

et si ce mot revient ce verbe à toute vapeur
vois la fumée jaillir superbe de mon coeur

LE PUPITRE

Je t’offre mille mille et mille
petits ronds
de fumée qui montent
en ronronnant
dans l’écarlate de mes adieux le matin

JE T’AIME MAIS À LA FOLIE

Les sentiments certes
et puis va te faire foutre

je nous résume
le laconisme
c’est le bouchon piétiné par la bouteille

Je me réveille
les sonorités de la groseille
c’est grogne grogne

espère espérons espérez
en la morte illusion

SIDÉRALE

gre gre
comme les cailloux qu’on broie
gre gre
comme le café qu’on moud