Texte

Jean Raine homme aux différents visages (1990)

Extraits :

A - L’HUMANISTE

L’Image de Jean Raine que nous devons garder à la lecture de cette vie passionnée est celle d’un profond humaniste. Comme nous le constatons, sa vie fut peuplée de rencontres, d’aventures, d’actions diverses qu’il justifie lui-même par son attrait pour tout :

"Très tôt, vers les 15 ans, je savais que je serais un jour un artiste, mais pas un peintre, plutôt un écrivain car tout me passionnait. Il n’est pas étonnant, épris de musique, de théâtre, de poésie que j’aie longuement hésité. Pour faire passer le temps, j’ai suivi des cours à l’Université de Bruxelles et à celle de Paris : de Droit, de Sciences Politiques et Administratives, de Psychologie. Ce qui est capital dans ma vie fut mon appartenance aux groupes surréalistes belge et français. Chance incroyable que de bénéficier de l’amitié et de l’intérêt de gens comme Magritte, Breton, Pierre Mabille, Bachelard, Victor Brauner et de bien d’autres que j’ai eu le bonheur de connaître très jeune. Je n’avais pas vingt ans." (Jean Raine, "Des lieux et des moments" in Catalogue Exposition "Il Brandale", Savona, janvier 1979).

Cette soif de savoir, cette intégration dans les milieux artistiques s’explique par sa conception de la culture : une culture étendue à tous les domaines. Jean Raine, s’il fut très précoce et ouvert, fut aussi très exigeant avec lui-même et avec les autres : des connaissances solides devaient être à la base de tout homme, et surtout de tout artiste.

Cependant, si Jean Raine a été en contact et a travaillé avec les plus grands mouvements artistiques parisiens et belges (Surréalisme, Cobra...) il s’est toujours défendu d’appartenir à l’un de ces groupes. Il suit en effet sa propre route, portant en lui les nombreuses expériences faites avec ses amis, mais s’en singularisant toujours et refusant tout rapprochement avec eux (en particulier en ce qui concerne sa peinture trop souvent comparée à celle du goupe cobra ou d’Alechinsky).

Fortement marqué par le surréalisme dès sa jeunesse, il mène ce qu’il appelle "une vie surréaliste" qu’il explique ainsi : "Le Surréalisme n’est pas une question de mode mais une manière profonde de penser." in "Arts Magazine" interview avec Christian Bussy, 19/10/80.

Pour Jean Raine le Surréalisme devient une ligne de conduite et un principe auquel il sacrifiera son existence. Homme intègre, il reprochait vivement à Breton de ne pas mener une vie conforme à ses déclarations, de pratiquer l’exclusion au sein du groupe. (En particulier celle de Victor Brauner). Toutefois, si humaniste dans l’âme, il ne peut être mis au rang de ceux qui après Lautréamont affirment : la littérature doit être faite par tous" - l’étendue de son savoir et ses propres exigences avec lui-même ne lui permettant d’adhérer à cette revendication toute surréaliste soit-elle - c’est pourtant dans un esprit surréaliste que malgré ses nombreuses activitès, il proclame son amateurisme et refuse toute spécialisation ou mouvement de chapelle. "Je ne suis pas peintre de métier, ni psychologue, ni cinéaste, je refuse la spécialisation. Pour ma part je crois à l’hygième d’un certain humanisme.

Cet attachement à l’humanisme, cette diversité des expériences se retrouvent tout naturellement dans son oeuvre ècrite : tour à tour poète, cinéaste, psychologue, peintre, ses textes témoignent de ses activités. S’y côtoient, outre des poèmes, des essais sur le cinéma (le film expérimental et abstrait, Cocteau et le "Sang d’un poète"), la psychologie (le rôle de la spirale dans le test du gribouillage...), la peinture (préfaces pour les expositions de nombre de ses amis : Alechinsky, Maurice Wyckaert, Jean Weinbaum, Nicolas Artheau etc...) Mais aussi des hommages à ses amis : Pierre Mabille, Michel de Ghelderode, Marcel Marceau, Hubert Juin, des essais sociologiques ("Les Hippies", "Culture politique et Politique culturelle") des manifestes (L’oeil, la caméra et le pinceau), des chroniques (pour le journal "Le Californien" à San Francisco).

Enfin, les préoccupations de Jean Raine sont multiples. Ainsi cet humaniste est aussi un homme d’action. Nous voudrions ici évoquer très brièvement la générosité de ce touche à tout qui fonda à Bruxelles le Club Antonin Artaud pour la réadaptation des malades mentaux. Centrée sur la culturem cette institution permet aux malades de retrouver leur stabilité par la pratique d’activités manuelles et artistiques : peinture, théâtre, musique... Les arts apportant des solutions de libération et de compensation à ces hommes en recherche d’une réintégration dans la société.

Notice :
Ce texte est un extrait du mémoire de Maitrise en Histoire de l'art que l'auteur réalisa sous la direction du Professeur Mady Ménier à l'Université Lyon II.