Texte

Jean Raine et ses éclatements (1982)

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Phoebus se donne toute licence pour faire son marché. Il se comporte en Dionysos tenu d’absorber, d’un trait, les eaux violacées d’une piscine désemplie. Malgré l’éloignement, un scénario peu ordinaire s’organise. L’univers est souvent naviforme ; ses voiles, comme des toiles trempées par les embruns se colorient pour toujours. Entoilés, les parchemins ne sombreront plus. Un bouquet d’anthozoaires resurgit des abysses. L’emprisonnement des humeurs, des ions cachés du feu intérieur, de la pluralité d’une palette secouée à chaque coup de pinceau, enjambent le secret divulgué à partir de l’acrylique en pot. Une mer imense accouche d’un tas de petites planètes. Le menu comporte un monde fait de moralistes hachés fins, de professeurs en punition, d’hôpitaux vides par excès de présence, de saletés aseptisantes, d’effondrements resurgis.

La souffrance est grande santé lorsqu’elle transcende des joies secrètes. Il arrive que l’omniprésence soit au garde à vous des publics relations. Ravel s’adonna à sa passion pour un manchot, Raine songe à des patchwork alexandro-romains recouvrant l’horizon du Brabant à l’Indus, aussi déplacés dans le réel que si l’histoire, tête en bas, nous étalait Tom Mix combattant les Cathares, Platon penché sur le cas Hégel, Rodin encensant Henri Moore ou Van Gogh tuyautant Dylan Thomas. Jupiter capitolin apparaïtrait en fixe chaussette. Or la censure sommeille, un capharnaüm est médité, vu et recorrigé. C’est le défilé des dragons rosifiants, des harpies dentelées de bas en haut, de dévoreurs d’ombres chinoises surprises enflagrant délit de flirt avec le soleil.

Contre toute attente, l’Odradek est attrapé car il avait une queue : les casseurs de noix portent dans le souvenir de leurs gestes les conséquences de marmelades de têtes ; leurs conscience se stockent en paniers d’importation. Pas étonnant que ce soit bizarre !

Un visage glabre dominant la mêlée débite d’intarrissables discours.

Une forme particulière de justesse prend son envol, blindée pour la relève. Au delà des paysages de Saône, un songe s’allie aux contreforts des Alpes ligures. Une diaphanie jaillissante accouche de la lune immense, vers les confins : elle fait des marmottes ses victimes élémentaires.

Impensable et cependant pensé, le rêve ferait bien dormir debout. L’époque n’est pas tendre et la démence en marge se rebrasse tous les jours. Un soleil n’apparaît pas noir, il se réactiverait plutôt par le vouloir du peintre qui propose au regardeur d’entrevoir (de voir) la clarté cachée dans la confusion apparente de ce discours et sa tragédie est à ce prix : par rapport à Cobra, il y a chez Raine plus d’innovation et de reviviscence.