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Je ne dis pas systématiquement non à la beauté et autres textes (1981)

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Je ne dis pas sytématiquement non à la beauté.
Ma beauté est celle de Baudelaire, de la Vénus Anadiomène. Il peut s’en suivre des putréfactions lorsque la vie côtoie des cimetières. Je n’ai rien à faire "d’embellir" des murs qui enferment, ni de produire des fausses fenêtre. On appelle cela des trompe l’oeil mais en fait ce sont des trompe l’esprit), en proposant des illusions, des peintures comme on dit couramment - peintures que Magritte appelait plus modestement des images. Images de quoi ? Images de ce que les gens ne sont ni capables de comprendre, ni de créer.

Jamais ne serai un inventeur de papier peint. Ceux qui acceptent de vivre en prison ne doivent pas compter sur moi pour ouvrir nulle brèche ni même une fissure dans les murs dont ils sont en fait les artisans. Je n’ai pas le talent d’être un artiste de cirque, ni ne suis l’auteur de merveilleux ou de dérisoires divertissements. Pas question de gaspillage, les ténèbres n’ont que faire des couleurs. Décomposer la lumière, que ce soit par prisme (ce procédé n’engendre que des impressions éphémères) ou par quelqu’autre artifice...

Que l’on me pardonne de ne pas entrer dans des détails plus techniques pour démontrer comme c’est la règle dans les académies que le noir et le blanc ne sont pas des couleurs. Inutile de s’appesantir. Les matières que l’on croit légères sont lourdes, riches de poids infiniment pondérables et pour user d’une métaphore, les matières qui semblent lourdes et opaques, le noir par exemple, irradient d’incroyables clartés.

Plus on crée, plus on détruit. Il est nécessaire de détruire pour créer. Sans cesse la négation pour créer de nouveaux champs de possibilités mais ces possibilités ont-elles un chance de réalisation ou resteront-elles virtuelle ? A quelles fins détruire pour créer ? L’instinct de mort dont parle Freud n’est-il pas une chance de survie ? Le mythe de Phénix renaissant de ses cendres est-il notre plus extrême réalité ?

Je refuse de me laisser enchaîner aux injonctions qui nous mutilent et qui font la procession des forçats. Je ressens l’impérieux besoin d’espace dans la logique, de troublantes plages de grands silences, de failles incomblables, de temps d’attente qui permettent la réflexion ; des Trous. Ma volonté est de morceler, sans les briser les mélodies endormissantes et trop enchanteresses en faisant apparaître les rythmes d’une ossature, les rigidités d’un squelette.

Chaque réveil est un traumatisme renouvelé de la naissance. IL me serait agréable d’être capable de faire du ski de fond en dormant. Le truc marche, à ma plus grande désolation on n’est pas plus alouette que miroir. A chacun de "réfléchir" sur quel plan des illusions d’optique il se situe. Le temps ne fait rien à l’affaire.

En ce qui concerne l’Art dont la fonction de sublimation est indispensable à l’équilibre de la créature humaine, il ne m’en semble pas moins frivole, voire désolant, d’étaler ses états d’âme.

Ma méthode consiste à n’en point avoir, ce qui a pour avantage de trouver sans difficulté la faille de la plupart des méthodes.

Mes traits d’union sont souvent des traits de rupture. Dans le maniement de la langue, la ponctuation m’apparaît d’une énorme importance sans qu’elle doive nécessairement être manifeste. La syntaxe est susceptible de la faire apparaître sous les formes les plus fantomatiques.

Du flash au graphisme automatique, il n’y a pas un millipoil de différence. Nous somme cernés d’évidentes et fugaces irréalités plus passionnantes que celles qui nous fossilisent.

Ce dimanche 27 janvier, j’aurai durement travaillé. Ma passivité aura fortement stimulé l’activité des autres.

Vrai ou faux : m’amenuiser en me démultipliant et en me débusquant sans répit.

Moins j’existe plus je deviens gros. Produire du lard est-il une fin ? Peut-être s’agit-il d’un New-Look.

Je vous livre tout en vrac, car il n’y a à mes yeux que le désordre pour trouver un minime salut.