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Instances de paternité (1967)

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Ce livre a été conçu à San Francisco en 1967.
Je le dédie à mon petit fils Thibauld, alors qu’à l’époque je ne connaissais pas le terme du voyage. Breton têtu, né à Bruxelles, j’ai toujours très systématiquement été le survivant de mes fréquents naufrages. Poète contumace comme dans les Amours Jaunes (il en parlait Tristan). Assuré de maladresses, je manque les embarcadères en éjaculant l’angoisse. D’autres me survivront et c’est tant pis pour eux.

PATERNITE EN INSTANCE

Dédicace à mes fils vingt ans plus tard

Malgré les ruses, les coups d’essuie-glace sur nos pare-brises, nos grognements porcins dans l’aire de nos auges, nos prises de distance dérisoire, les éventails japonais de nos susceptibilités, les masques de nos anciennes et futures apparences, nos impatiences timides dans l’approche ou des silences prolongés ; justement je me reconnais en toi mon fils, comme je me reconnais dans le cynisme souriant et bien organisé de ton frère. Vous êtes bien mes enfants auxquels jamais je ne pourrai témoigner mon amour infini. Restez confinés dans l’occultation de ce que chaque homme véritable devrait être : sans espoir et sordide dans le rayonnement de cette splendeur.
Jean Raine, le 24 janvier 1983

INSTANCES DE PATERNITE

Il a presque vingt ans et s’appelle Boris. Les années passent vite, se bousculent. Certaines rendent un son creux qui dans le présent de ma vie s’actualisent comme sous un coup de bec de l’oiseau qui fait résonner le bois afin d’en chasser l’insecte dont il va se nourrir. C’est se nourrir de vide : chasser de son cercueil la vie que l’on va sacrifier simplement pour bouffer, pour survivre. Ainsi des troncs creux de séquoias effondrés dans les forêts millénaires, certains encore droits et d’autres à jamais couchés. Boris est mon fils. Cela ne s’oublie pas. De lui je possède quelques photographies, trop anciennes pour que l’imagination puisse franchir la distance qui sépare le présent du passé.

Cette distance que le temps et l’espace ont creusée, mieux vaudrait chercher à l’abolir en écrivant une simple lettre, de celles qu’on lit et que l’on jette ensuite sans regret, plutôt que de tenter cette laborieuse approche dans la végétation touffue d’une vie où les rares souvenirs sont les taches de lumière que laisse filtrer le surplomb. Un espace désespérant sépare les unes des autres. Sans pouvoir vraiment répondre je me pose la question de savoir si vraiment je me souviens de quoi ? J’ai tout fait pour oublier et aussi tout fait, malgré moi, pour me souvenir. Tout me prouve que je n’ai pas été l’éponge qui ronge le trait de craie tracé au tableau noir. N’ai-je pas rêvé cette nuit ? Boris était dans mon rêve une créature de chair que je tenais dans mes bras comme pour l’endormir. Il souriait d’un sourire qu’à nouveau je ne connais que trop bien, d’un sourire qui résume le meilleur de l’enfance.

Mais à quoi bon revivre ce temps là ? Ce rêve est périmé, tout neuf qu’il soit pour le rêveur qui découvre en quelque sorte son passé sur l’écran d’un sommeil qui fut une nuit totale pendant quinze ans. J’anticipe le point où la réalité prend corps dans le rêve envers et contre la virtualité de l’existence. Boris renaît dans la réalité du tourment dont je n’ai pu, des années durant qu’ignorer la nature. Il fallait oublier ou mourir et faute de savoir oublier, mon choix avait été de mourir.

Un trait doux semble vouloir dessiner le visage d’un ange, mais il s’ajoute une crinière comme si mon ange était le lion qui dévore immanquablement le chrétien. Le pinceau retombe dans l’encre et se charge de force nouvelle. Il va falloir se résoudre à tracer les masses sombres du graphisme avide pourtant de gris qui ne soient pas de l’encre diluée mais simplement la trace d’un pinceau presque sec qui peine pour arracher des grisailles. Le plongeon est passionnant. Il est l’instant fort, celui dont rien ne va effacer ce qu’il contient de noir. Quel désespoir va-t-il imprimer au papier ? Non je ne pense pas à Boris encore. Il faut que les jours passent, que la peine s’accumule, que le malaise amène à parler au psychiatre de la chose anodine qui est vraiment importante, au terme d’un cheminement où chaque chemin semble en valoir un autre. De quoi avons-nous parlé hier ? Il était question d’argent et d’un rêve.

Les mauvais psychiatres sont pléiades mais l’usage détestable qu’on fait des bons parmi eux ne le cède en rien aux misérables moyens thérapeutiques mis en oeuvre par ceux qui ne valent rien. On n’en a pas fini de découvrir, au terme de l’entretien socratique au cours duquel pourtant la solution de continuité du discours et de la pensée qui se cherche n’est que l’exclamation consentante de l’interlocuteur ravalé au rang d’auditeur émerveillé.

Comme si l’encre plus claire surnageait à la surface du pot dans les abysses duquel s’épaississait le mystère ! Rien qu’effleurer la surface pour trouver la demi-teinte d’un espoir on ne sait lequel. Si peut-être celui de se revoir un jour et de sortir d’une longue opacité qui rend les corps si étrangers les uns aux autres.La page blanche. A quel prix vais-je éclater de rire et donner sa chance à l’humour dont le recul devant la cible est celui du canon ? J’hésite. Encore de l’oubli. Pourtant l’oubli parfois est le tunnel par lequel passe le train lourd des souvenirs dont les wagons grinçants peinent autant que la locomotive. Je débouche du Simplon. Là, de la lumière. On y arrive. C’est le même paysage vu après une demi-heure de tension. La montagne. J’escalade. Ma page est blanche. Vais-je éclater de neige ? La montagne bouche le paysage. Serons-nous toujours aveuglés par les cimes que nous aimons. Mais la page est blanche. Il n’y a de cime que celle que nous allons inventer.

Faire un dessin. Faire un enfant. Faire un enfant de plus pour se leurrer et oublier la perte de celui qu’en fin de compte on ne peut oublier. J’ai choisi par faiblesse le noir pour m’exprimer. Les couleurs sont trop lourdes à porter, trop expressives, limpides comme l’eau mais teintées de filets de sang. Un couloir d’hôpital, un long trait noir. Et j’en arrive, le dessin fait, à ne pas le supporter plus que l’enfant qui me rappelle celui que j’ai perdu. Perdu de vue. Qu’est-ce que la vue d’un peintre qui se crève les yeux pour devenir l’aveugle auteur de sa merveille.

Il a presque vingt ans et s’appelle Boris. Voilà la litanie. Lui écrire serait évidemment le plus simple mais, à ma lettre répondrait-il ? Et puis écrire quand il s’agit de l’essentiel est vain. Il n’y a que le sommeil et le silence dans lesquels le problème consiste à enfouir ce que d’autres croient naïvement avoir le devoir d’exprimer. Rien ne sert d’être écrivain pour dire. Mais quel scandale aux yeux d’autrui qu’un poète qui choisit de dormir. Ecrire, c’est fuir autrui. Cette redoutable solitude que le sommeil emplit de rêves et le remplit si bien. Peu m’importe que l’on me contredise. La vie est faite pour être dormie et rêvée et les réveils permis sur ce terrain sont la brusque fissure du geste créateur. Est-ce compatible avec le quotidien ? Ecrire une lettre ! Pour cela ma main tremble trop, aussi je me remets à boire après quelque temps d’une abstinence dont je me suis fait une obligation thérapeutique, dont d’ailleurs la thérapie ne bénéficie pas à mes yeux.

Assurément l’alcool est une prison, une autre prison mais dont un temps les barreaux sont de verre. Une prison qui me permet de m’évader de celle où la réalité n’est pas mon sommeil et mon rêve, celle du poète qui se tait.

Ah si vous saviez comme on m’en veut de dormir, mais dans le sommeil, ma main ne tremble pas et j’écris la lettre quotidienne à laquelle Boris me répond. On me veut réveillé, je me réveille et je bois. Et dans un bref illuminement s’accomplit le geste créateur. Voilà pour quelque temps, une semaine en l’occurence, le geste de tracer quelques traits qui ne sont pas l’écriture mais qui sont toute ma vie. Du vrac, du bon et du mauvais. Du noir et blanc car cette fois toute la couleur est abolie. L’alcool m’aide à accepter que je ne suis pas un peintre, que je crée comme je rêve, en noir et blanc, dans la logique de mon désordre échevelé. Le cri deviendra-t-il lettre ? De toutes façons je proscris la couleur comme dans le rêve où elle apparaît comme un flash. Non je ne suis un peintre mais un dormeur qui rêve d’écrire à son fils et que son impuissance accule au désespoir de se sentir considéré par les autres comme un déchet, comme un con ou comme un fou parmi les autres.

Heureusement il y a le sommeil et l’alcool comme une remise de peine dans une geôle enchantée, pour un temps ... Après il y a le recours au quotidien, aux gestes simples, balayer la chambre, moudre le café, illusions qui donnent le sentiment, ô combien fugitif de n’être pas différent des autres.

Cette lettre, je le sais, je l’écrirai et elle sera banale, elle ouvrira une porte qui est une petite porte, celle de mon escalier de service au seuil de ma grande porte qui n’a pas de paillasson. Personne n’est prié de s’essuyer les pieds. J’y entre moi-même les bottes boueuses. Oh combien alors je suis moi, le veilleur endormi. Et pour écrire cette lettre qui suis-je ? Suis-je l’image d’un père, suis-je le père de Boris ? Assurément sans que j’y sois pour rien tout prédestinait à la rupture. Je dormais déjà, comme on dirait, j’avais besoin de lever le coude. Que ceux qui vivent médiocrement me jettent la pierre, qu’ils parlent de leurs yeux émerveillés.

Pour moi la merveille n’est pas sur terre, la mystique coule dans mes veines comme un poison, pour trouver le sommeil, pour atteindre à la destruction créatrice. J’aurais peut-être été au Moyen -Age un ascète, un de ceux qui ont fait peur à l’église, un de ceux dont les divagations ont atteint les sommets et maintenant je bois, je vois un psychiatre, j’écris. Non je dessine.

Il a vingt ans et s’appelle Boris, on n’en finira pas. Un voyage se profile et la mer me fait peur, je vais passer vingt huit jours en cargo, bon vent, bon alcool parmi les cons, ouvre tes yeux émerveillés poète, à peine une baleine de loin en loin. Mais les baleines tu les inventes, tu rêves écrire une lettre et tu sais que pour finir tu l’écriras médiocrement, tu auras d’ailleurs la réponse qu’elle mérite, un cri d’amour impuissant, étranglé par les mots. Il faut avoir vécu cela pour être Mallarmé, pour que l’on puisse avec une imbécillité obligée s’en référer à l’impuissance. Je pense aussi à Marcel Lecomte dont le génie est de n’avoir jamais fait un livre qu’avec les débris de la porcelaine que son esprit a cassée. J’accepte que l’esprit soit destructeur, j’aspire au suicide rituel, symbolique, aux pires aberrations. Nous sommes quelques uns à ne pas savoir écrire une lettre, à ne pas savoir écrire du tout et à être poètes.

Tant pis pour la société qui nous consomme, même si nous ne produisons rien ou seulement quelques traits de pinceau ; si la main tremble et cela passera pour une forme de sensibilité. Va donc eh amateur ! Tu l’auras la pillule de souffrance des autres, tout comme je l’écrirai cette lettre que ma main se refuse à tracer.

La lettre est écrite et postée. Boris va-t-il répondre ? Dans l’attente, je dépéris, je fabule et je glose.

Jean Raine, le 13 décembre 1967
336 Hugo street
San Francisco
California

Cher Boris,

Que te dire qui ne serre la gorge et ne m’empêche de te parler à coeur ouvert ? Tu vas avoir vingt ans. De toi, je ne possède que des photos d’enfant qui me rappellent ce 20 décembre qui fut la plus belle fête, alors que j’avais à peu près l’âge que tu as maintenant. Peut-être pourrai-je te dire un jour que je n’ai jamais cessé de penser à toi et qu’à présent, plus que jamais, m’obsède la possession d’un capital de tendresse qui ne rapporte au cours des ans qui passent, nul intérêt ! Il serait plutôt comme un cancer qui vous ronge.

Depuis ma dernière visite si courte à Valmondois, as-tu jamais pensé à moi ? Mon souvenir le plus tendre est celui d’un jour chez ta grand-mère, où tu t’es endormi dans mes bras. C’est peut-être un souvenir trop proche encore pour qu’il te touche ; On a besoin de renier son enfance, surtout lorsqu’elle recèle un nid d’affreuses complexités.

Sache pourtant qu’avec cette confiance qui défie toute raison, tu possède un père qui t’aime. Je t’envoie la photographie qui me parle le plus intensément de toi : celle de ton demi-frère qui te ressemble sur tant de points que ton nom revient sans cesse sur mes lèvres. Puisse un jour naître une affection dont on se réjouit lorsqu’elle s’épanouit sans qu’intervienne d’autres raisons que celles dont le coeur est capable. Reçois aussi ce chèque bien modeste sans y attacher plus d’importance qu’il ne le mérite. Il n’est à mes yeux qu’un symbole mais peut-être te donnera-t-il un peu de joie.

Je t’embrasse

Ton Père

Parfois l’indifférence

L’indifférence exige un bateau qui va loin ou l’avion qui affronte l’univers des nuages. Tu te disais que mourir n’avait de sens que pour toi. Tu te parlais encore. Encore que tu savais, à ce moment donné, où le monde refuse de faire la part des choses, que les choses n’avaient pas véritablement déserté. Tout juste un peu de vide. Il suffisait de si peu pour l’emporter.

Quémandeur de beaux jours

D’un coït machinal quelle vie peut résulter ? Jadis me parlant à moi-même, je me disais : tiens les noix crachent ! Me voilà frais et gluant. De quelle ombre ? Quelle ombre colle au corps gelé dans la peau duquel je vis ? Une idée comme ça en l’air. Cet air de vouloir que son plaisir soit manifeste et survole le temps consacré à l’amour. Triste corps à la réflexion, ombre consciencieuse. Une vraie entreprise de démoralisation collective. Le régiment auquel tu appartiens porte l’insigne d’une vie livide. Vide dont tu es l’ombre et corps qui est le tien. Te reconnais-tu sous l’uniforme ? Portes-tu des galons ? Tu milite.

Trémolo pour quiconque

On y met à dos le monde au point qu’être anthropomorphe est la profession la plus difficile du monde. Les soupirs n’y font rien. C’est être égal avec soi-même que d’escholer cet air sans consistance ni froideur, mais c’est aussi donner vie aux fantômes que n’animerait nulle ardeur.

Pauvre Tête

Le cheval de Troie n’a pas eu lieu. Aucune trace de sabot. Seulement un peu de crotte. O suivre à la trace cet animal de rêve qui chie sans exister ! Etre trop triste s’il prenait jamais forme. Essayer encore. O. ô toujours essayer.

Les Alourdis

Presque, mais de manière nullement définitive, un poids vous occupe le corps. Il suffit parfois de maigrir, de priver sa chair, d’angoisser son âme. Il suffit d’aimer que le poids qui alourdit le corps s’en aille. Il suffit de le faire sortir et de lui dire "sors".

Saturation

Aurais-tu transmis tes dents longues aux nuages ? Les Flandres ont de ces ciels à faire rêver les amateurs de dents. Non de ces mâchoires régulières et méditerranéennes, mais de ces molaires repoussant les canines mal plantées et comme en colère dans la gencive de l’instinct de conservation ; le rire est sardonique. Le vent ricane, les peupliers s’inclinent. Il en reste un nuit d’Oostkamp. Ses troubles obscurs, des promesses tenues, des intensités, des mirages, une longue série d’années passées à désamorcer le présent.

Trop

Recevoir pour n’avoir pas assez demandé ni surtout espéré, dans un ordre où tout est basé sur une suggestion infamante. Rien, ni trop d’éternité, ni cette fugacité dont on n’accepte les bienfaits qu’à la longue. Beauté de l’éphémère - extrême temps dilué -

Etre Père

Révélation de la vitre

Explose-t-elle enfin cette vitre de couveuse, derrière laquelle la vie que je t’ai donnée était si fragile qu’il a fallu neuf mois de regestation artificielle, pour que tu vives afin de me connaître un jour ? Que cette vitre explose et que crève le papier sur lequel mon pinceau te recrée ou t’invente ! Je peins certes, mais avec quelle amertume, comme si tout simplement, je réinventais ce que j’ai fait avec la virole plus qu’avec le poil qui disperse, sous la pression aux confins de son manche. Sinon une verge, que peut être un pinceau ?

Une laborieuse approche

Si le Vendredi Saint avait un nez et pouvait chausser lunettes, il y aurait belle lurette que Pâques n’aurait pas lieu. Je te dis, je te tiens au courant du fait que la Résurrection est un mythe auquel croire exige plus qu’un désengagement. Je te propose le compromis d’une surprise. L’oeuf caché dans l’herbe, de préférence sous-bois, pour qu’en s’atténuent les couleurs qu’on est tenté de peindre sur la coque. Ne t’alarme. D’autres y ont pensé avant moi.

Du pire au même

De ma mère, je tiens les faiblesses qui me semblent les plus belles : celles de n’avoir d’autre souci qu’un engagement inconsidéré dans le monde futur. Pour le présent, rien n’importe sinon la brasse aisée qu’exige son eau limpide et trouble à la fois d’être aux confins du passé et déjà l’avenir.

Jamais espéré

Paradoxe d’être nourri d’espoir sans attendre autre chose que la désillusion. Le néon succède à la clarté du jour. Il en résulte une espèce de Pigalle, une espèce de trompe la vue, pour ne pas dire de trompe l’oeil, une nyctalopie avec le sentiment des demi-teintes, des oranges, des bleu-roi, des carêmes de clartés, et des couleurs fortes qui dénoncent l’abstinence dans laquelle on veut se châtier de ne pas être sobre, comme si tout était plus clair que le soleil. La clarté du jour est la vraie désillusion, le Jamais des couleurs qu’on espère.

Encore l’idole

Vitrifié, c’est encore de la vitre que je parle ? Non-viable, je revois ton organisme lutter. L’infirmière s’interpose. Ton corps disparaît dans son tablier blanc. Pourtant, je te sens comme une apothéose, celle que fut le plaisir d’avoir à te concevoir et à attendre et ensuite à t’aimer. Mon plaisir a fait des bulles. Mon attente a fait le reste. Te rester fidèle alors que je ne savais rien de ce que tu deviendrais ensuite de ce moment où tant d’ombre lutte avec tant de lumière.

Le Ramasse-Crottes

Se baisser ou s’abaisser à cul ouvert pour ramasser l’ordure est un sport dont la noblesse s’impose à ceux qui ne se sentent pas les fesses soudées. Que l’orifice s’étire un peu, que le sphincter se sente stimulé par la posture et non par le besoin de sourdre ! J’imagine en tous cas, dans l’ombre ou à ciel ouvert, des situations plus pénibles. On chie en public en Amérique mais on ramasse en Europe les crottes à l’aube et on ne se lave pas les mains pour s’être touché le pénis qui, pour ce qu’il en est du mien, en rougirait de honte. Rien ne sert de mettre l’hygiène en avant de son plaisir.

Ver l’avenir

Dans l’oeil d’une victoire que contredisent la corne et le cheveu hirsute. Trop présents les futurs. Trop chargés des erreurs du passé, d’un passé mort vivant, trop hâtivement enseveli. Voilà encore une image forte de ce qui aurait pu être. Rien que du futur présent. Rien que ne s’apprête à balayer le ramasse crotte.

Notice :
Cet ouvrage constitué de textes et d'encres (Du pire au même, Encore l'idole, Être père, Jamais espéré, La fin ridicule, Le bruit court, Le ramasse-crottes, Les alourdis, Parfois l'indifférence, Pauvre tête, Quémandeurs de beaux jours, Saturation, Trémolo pour quiconque, Trop, Une laborieuse approche) a été réalisé à San Francisco alors que JR avait 40 ans et son fils Boris 20 ans. Il ne l'avait plus revu depuis sa petite enfance et tentait de lui écrire pour reprendre contact.