Texte

Entracte (1950)

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PERSONNAGES :

 - Le récitant
 - L’intéressé
 - Le romancier
 - Une autruche

DECOR : La salle d’attente de l’enfer

Le récitant : Dialogue édifiant sur l’esprit de négation pour plaire aux femmes que la grâce d’un enfant n’a pas touchées, aux gendarmes qui depuis le début de ce siècle montent la garde sur la civilisation et aux militaires auxquels demi tarif est accordé.

L’heure n’est pas longue pour qui la raccourcit. Je veux dire, oublier qu’on a parlé pour pouvoir dire qu’on n’a rien dit. Mais il faut pouvoir oublier quelque chose.J’ai justement ce qu’il vous faut.

Un colis de silence qui m’est venu du ciel, vingt minutes au moins de dialogue. Vous riez ? Pas autant que moi qui connais les dessins secrets de l’auteur. Je vous vois tous déjà tout de noir habillés, traverser d’un pas lent et glacé un jour de pluie, dans un carrosse funèbre aux sinistres éclats - les uns allant au ciel et les autres en enfer, avec pour auréole sans distinction aucune entre élus et damnés des couronnes et le vol des mouchoirs pour d’éternels adieux.

L’auteur est homme de tact et vous prévient à temps, fuyez, il en est temps, comme si vous entendiez crier au feu et sonner le tocsin et pour ceux que cet épouvantail affole, l’auteur fait porter son bonjour et sa bouche ironique égrène des condoléances au vent du soir.

(Il sort) le rideau s’ouvre.

Le romancier (écrivant avec une lenteur tragique) La crainte s’apaise dans mon coeur à la vue du péril qui s’éloigne.

L’intéressé : Une rime eût tout sauvé, je le déplore avec autant d’amertume que...

Le romancier : Comment donc mon cher, sensibilité qui reste indifférente aux éclats synthétiques de la rime psychologique. Moins subtile peut-être qu’un coup d’épieu, qu’un coup de massue troglodyte sur la coloquinte de l’amateur de poétique...

Cesse de m’assaillir de ce sourire en queue de comètes qui te détruit le visage jusqu’à me faire tout craindre pour le mien. (grandiose) Je m’abîme assez dans la sculpture de l’esprit pour que tu me ravisse encore mon faciès ; J’en ai déjà trop peu d’un pour me sourire quand j’ai passé la nuit à pleurer sur le destin tragique de mes héros, et tout cela à propos d’une rime qui par sa sonorité trop éclatante se permet de passer inaperçue...

Des rimes, j’en brasse par millions toujours psychologiques bien entendu, des convois harassés qui sillonnent mes déserts intellectuels... Entends (récitant) Asdrubal et les quarante voleurs au banquet des babas, Ali, bal champêtre où nul ne chôme, bergères, on va on va, allons plutôt où le meunier conduit son âne...(furieux) Partons, j’explose en fracas nébuleux furieux de sortir de la pipe de l’auteur dément que je suis.

L’intéressé : Je te préfère ainsi, somnambule et maître de ton destin ironique... L’inspiration en est plus relevée... (S’approchant de la tables : il lit) La crainte s’apaise dans mon coeur à la vue du péril qui s’éloigne... (à part) Le sot réflexe... La peur, voilà le mot clef, c’est bien la rampe qui s’érige au long de cet escalier branlant (au romancier). Méfie-toi de l’apaisement qui t’embaume car le péril approche à la vitesse du véhicule le plus moderne... Ne t’aperçois-tu pas que tu mets tes jumelles à l’envers.

Le romancier : C’est pour moins voir ma baudruche. Ton jeu, de jouer de transparence, m’en émeut le liquide car si je suis une carafe tu n’en es qu’un bouchon et le champagne qui me baigne au pied de mes falaises pourrait d’une touchante attention t’envoyer au plafond rebondir. C’est comme une intuition... Cette nuit encore, elle se manifeste en de troubles circonstances. J’entends une voix. Je suis persuadé qu’elle vient du ciel... C’était doux, doux comme une hydre de miel... "Viens me baiser les fesses susurrait-elle en soupirant. Hélas, belle enfant Que fallait-il donc faire ? Mourir ? Je n’en avais le coeur. Il fallait d’ailleurs du poison et à cette heure, ce bougre de droguiste ronflait à poings fermés.

L’intéressé : J’aurais à ta place été sans scrupule le déranger. Peut-être écoutait-il aussi des voix. Mais quel phénomène d’hallucination collective peut-il troubler sans le moindre prétexte une ville aussi paisible dans sa sexuelle constitution. Partout j’entends qu’on parle et qu’on chuchote... A propos dis-moi, à quelle heure, ce balbutiement sentimental fit-il des accords résonner l’harmonie ?

Le romancier : (hésitant) Vers minuit, si la nuit marchait bien.

L’intéressé : C’est cela pourtant j’entends parler de cette heure fatidique, plus que si le carillon de notre cathédrale avait vomi ses éclats de bronze sur notre paisible sommeil. Minuit se situe si je ne m’abuse entre huit heure du soir et huit heure du matin. Mais j’ignorais que cette heure fut flottante au point que certains disent : la voix résonnait sur le coup de minuit et lorsque immédiatement transis je me réveille, la clarté du jour m’aveugle de son poivre étincelant. Minuit, heure sans malice et propice par un tranquille repos. Enfin le fait se dresse dans sa froideur physique. Contemplons le face à face pour le voir de profil.

Le romancier : Tu m’excède avec tes têtes bêches métaphysiques. Un peu de réalisme conviendrait mieux.

L’intéressé : Si c’est toi qui le dis, pour plaire à ta logique je m’incline au mitant de ton dit souverain. C’est à dire, que je reste en dehors et que je contemple, comme le font aux vitres les veilleurs de chagrin, nous dirait Eluard. Pour revenir à ce dont je t’entretenais avec la grâce la plus malhabile, je te dirai ce que j’ai entendu aussi des voix, moi, les voix de ceux qui en entendent. Inutile de t’apprendre ce que je ne sais que par ouï dire, car je dors la nuit de neuf heures du soir à midi, à savoir que la nuit baigne un clair de lune au ras des girouettes. Or donc, vers l’heure où me semble-t-il ou plus précisément où selon mes calculs, ceci restant au stade théorique, la lune devrait couper le ciel en deux, or donc, ceux qui parlent...

Comment dire... Plus on parle.. Moins on dit... Or donc une voix d’une douceur caline... Toujours... que t’avait-elle donc dit ?

Le romancier : (d’un air inspiré) Viens me baiser les fesses répétait-elle...

Lintéressé : C’est cela... Ce mot, que je l’entende... Il fuit déjà... Il est vrai que peut-être est-il préférable de l’entendre murmuré par un esprit. Ce doit être la méthode. Tu m’as dit, si je me souviens bien, répétait-elle.

Le romancier : Mais oui ; pourquoi ? Mais quel trouble soudain.

L’intéressé : Depuis combien de temps ?

Le romancier : (pensif) : Trois jours en comptant sur les doigts.

L’intéressé : Mettons quatre

Le romancier : J’ai dit trois. Trois paires de demi jours

L’intéressé : Voilà qui me confond. Trois fois répété comme un cri de chouette au fond des tristes bois. Mais je me torture au point d’envier le Christ en croix pour connaître le sens de cette prophétie. Car si mon flair m’avertit en toute franchise, tu n’as rien fait dans le sens de l’insinuation.

Le romancier : Pour ce qui est du sens, il me semble assez clair... Viens me baiser les fesses... (il rit). Quant à ta folle supposition tu fais bien de retracer l’inepte propos qui m’injurie. Ai-je besoin de te répéter que je vis seul ma vie et de me coller ta présence à mes côtés pour te dévoiler que toi seul joue à la peau collante.

L’intéressé : Non, non bien sûr, mais la science avant d’étaler ses fastes a commis bien des erreurs. Permets-moi d’insister. La phrase selon toi dit bien ce qu’elle veut dire, oui mais... à qui ?

Le romancier : Problème de l’insondable. Irrésistible envie de tout dire. Pourquoi mon cher aux sources du néant... Ah non... Comme je débute mal... Si j’avais au moins des amis...

L’intéressé : Mais...

Le romancier : Ne m’interromps pas dans ma sincérité

L’intéressé : (à part) La sincérité parfois a des détours cruels.

Le romancier : Si vraiment tu avais compris le vrai sens de ma vie, tu seras venu aujourd’hui avec pressentiment avec trois enfants de choeur et trois paires de grands cierges, un curé, un vicaire et le saint sacrement.

L’intéressé : (hilare) Comment donc... On t’enterre... Si j’avais su plus tôt.

Le romancier : Idiot, c’est pour me confesser.

L’intéressé : Le mot n’est pas joli, quelle brute.

Le romancier : Il dit ce qu’il veut dire. Et tant pis... Je dirai tout en bien et en mal. Que m’importe maintenant que la douleur batte le tambour de l’exhibitionisme. Pourquoi donc me montrer sous un jour plus limpide que mes contemporains. La nuit brille pour tout le monde disent nos politiques et comme eux, apprenons à nous y blanchir de notre propre main.

l’intéressé : l’entracte a passé sans qu’il s’en aperçoive. Ils continuent à palabrer dans un déluge d’explosion de bombes et de grenades. La campagne a des gestes apaisants. Conciliez donc les deux après ce doux spectacle, si cela ne... vous dérange pas trop qu’ils parlent pendant que vous vous taisez.

Le romancier : Pourquoi nous interrompre. La vie d’aujourd’hui n’a même plus le tact de nous laisser parler. J’en deviens violet, et l’assimile volontiers sous forme de fromage. Quel banquet de charité pour malandrins en rupture de banc... J’enrage... Mais ce n’est certainement pas la solution de mon problème d’équation sentimentale... En effet, si Paris n’avait pas en secret lié les pieds à sa mirifique tour Eiffel, peut-être la verrions-nous étonner les badauds à Bruxelles... Quel guet-apens... Me voilà coincé dans l’hypothèse des propositions. L’audace est grande et se mesure aux coups.

L’intéressé : Permets que mon audace aussi se manifeste à l’instar de celle dont tu joues du klaxon. Tu ris ? C’est pour mieux braire la nuit où la voix te transit d’émotion.

Le romancier : Ah ! Cruel ! la voix ! Tu la rappelles à profusion. Le fait vaut mieux que l’ombre quant il y a du soleil, mais Hélas la nuit fut sombre malgré le clair de lune.

L’intéressé : Peut-être avais-tu descendu le rideau.

Le romancier : En effet, ma mémoire se trouble et ne contrebalance plus la lucidité de mon entendement. La balance a penché et je gis dans le gouffre. Mais j’y vois qu’on y donne le bal superbe qui comble la beauté.

L’intéressé : (hagard) De l’or peut-être ?

Le romancier : Voyez-donc ce grippe-sous. Ca se dit mon ami. Celui dont la tendresse ne se manifeste qu’au travers d’un écu. Non du pétrole ; des tas de pétroles en sac et bien rangés, liquides à souhait. J’en ai goûté au petit déjeuné mais il chauffe un peu fort. J’y réfléchirai, car peut-être est-ce le briquet que j’ai du mal à digérer.

l’intéressé : Suprême fantaisie, déjeuner au briquet !

Le romancier : Et quatre pieds de table entrelardé de quartz et de granit.

L’intéressé : Audace infernale... Quel dément excentrique !

Le romancier : Ma liqueur ? un verre de catégorique et pour finir, j’ai fumé ma maison.

L’intéressé : Ouf, il divague. Le cheval de ma peur a rarement filé aussi vite. Apprenons à quel point nos sens nous ont troublés : les miens sont bien en place ; l’horloge tourne avec modération. (il appelle) Julie ?

(une voix répond) : Monsieur ? Julie à ses fourneaux, Ouf !... (se tournant vers le romancier) Mon cher remettez-vous, quelle émotion, quel trouble encore.

Le romancier : ah ah avouez que vous avez eu peur, n’est-ce pas une peur bien organisée, où tout tient bien son rôle : l’estomac, l’intestin, les muscles du visage et ceux d’ailleurs aussi.

L’intéressé : (catégorique) Ca non ! Que me voulez-vous donc et pourquoi me troubler le plaisir de cette matinée ?

Le romancier : Que parlez-vous de matinée, il est trois heures sonnées.

L’intéressé : Ce n’est rien, je condense ma journée et la déroule après dîner. Mais ce qui ne m’explique.

Le romancier : (amusé) Je vous trouve un peu pâle, sans plus. Un peu de sang colorant le disque de vos joues... Le disque ai-je dit ? Le plus concave... J’aurais voulu aussi que le coeur en prenant son élan aspire de votre nez l’écarlate qui lui donne cet aspect trop martial. N’avez-vous jamais craint d’être pris pour un militaire ? Soyez sans crainte, je plaisante... Vous n’avez jamais été si florissant.

L’intéressé : Comment

Le romancier : Je dis que tu n’as jamais été si florissant.

L’intéressé : C’est étrange, tout à coup je n’entends plus.

Le romancier : Serait-il devenu fou ? (Il prend un maillet) Te sens-tu mal ?

L’intéressé : Non, non, très bien, magnifique.

Le romancier : Tiens, tu entends.

L’intéressé : (animation rapide) Non, non, l’intuition de la chose.

Le romancier : Tache qu’elle dure et je cesserai de craindre pour ta petite santé. Car en ce cas, j’ai ma méthode, non plus de la théorie mais la pratique d’un sincère artisan. Je voulais te combler, te mettre dans l’atmosphère pour qu’avec plus d’intérêt tu suive mon récit. Je crois que nous y sommes.

(L’obscurité tombe, trouée de lumière éclairant quelques points caractéristiques du décor)

Ne t’affole pas. Je n’ai fait que baisser le rideau. Ai-je besoin de dire que nous avions laissé notre histoire au milieu de la nuit.

Le romancier : Tant mieux, car je viens de le faire. C’est de la maïeutique. Passons maintenant au cours de physique et voyons. Je dormais d’un sommeil ténébreux.

L’intéressé : Oui ?

Le romancier : Oui et non... Je venais de m’endormir. Ca n’avait pas été sans mal.

L’intéressé : Ah !

Le romancier : Oui, un peu surexcité, sans autre trouble. Aussi me couchai-je sans autre appréhension que celle de me fracasser en bondissant du plancher au plafond. Tous mes nerfs m’ébranlaient d’aspirations contraires. Les uns me voyaient au jardin d’autres à la cave, d’autres au purgatoire et d’autres en enfer. Mais moi, je me voulais au lit : J’y suis, j’y reste m’écriais-je, et je m’endormis. Comme tu le sais le sommeil se passe de chronomètre et je ronflais depuis un temps dont la définition m’échappe, lorsqu’en un doux soupir, j’entendis la phrase que tu sais.

L’intéressé : la phrase qu’on répète, qu’on répète ?

Le romancier : qu’on répète

L’intéressé : Mais oui, je te l’ai dit.

Le romancier : C’est vrai, mais ce me semble être sans importance.

L’intéressé : Je ne sais.

Le romancier : Ecoute plutôt. Aussitôt que je l’entends, mon sang se change en glace, non que le sens soit fait pour m’effrayer. J’ouvre les yeux et mon regard rencontre l’oreiller. Ma bouche y mord et j’y salive en abondance. Quelle nuit terrible dans un calme effrayant. Tout est mort sur la glace du paysage. Moi, je me tâte, je me retrouve et me concentre. J’essaye de me sortir de cet enfer : je gis dans une cornue qui chauffe à petit feu.

L’intéressé : Ne pourrais-tu lever ce rideau, tout ce noir me donne froid.

Le romancier : Impossible. Il fait trop clair dehors et la lumière me fait mal aux yeux. Donc partout je vois du feu, sans reflet, du feu qui couve. Je pense immédiatement à crier, mais sans y parvenir : Je geins à faire pleurer un âne sur un mouchoir de foin. Inutile, rien ne s’explique. Au contraire, je me trouve brusquement absorbé par des douleurs terribles torturant mes entrailles. Je me tords et ondoye comme un serpent. C’est la fin m’écriai-je. On ne peut plus souffrir après épuisement. Je m’affaisse, je glisse sur des pentes, dont l’infini m’incorpore au néant. Je ne sens même plus que je descends. Je suis la pente. Je n’ai plus mal, je ne sens plus que j’agite mon squelette. Je suis couché, des gestes sans le corps. Je me réveille sans force, enfermé dans un cube blanc. Couché sur la blancheur d’un autre cube. Une porte en coulisse s’ouvre sur la blancheur d’une femme qui porte un oeuf immense.

Son sourire déjà m’avait tout dit mais sa voix me le confirme stupide étonnement. J’avais les mains tendues et l’oeuf au bout des bras. Ce qui n’augmenta pas ma perplexité. Tout à cou je m’agite, je pleure, je ris, je retrouve l’âme que nous devions abolir il y a un millénaire. Je m’attendris. Je défaille... Mais, devine animal, que crois-tu que ce soit ?

L’intéressé : Je ne sais, peut-être eus-tu envie de le gober.

Le romancier : Dévorer mon enfant ? En faire des mayonnaises et périr en prison ? L’idée saugrenue ! Je décide à l’instant de le couver. Je le glisse sous moi et j’y repose le poids étourdissant de ma tendresse archéologique. Une douce chaleur confie à mon sommeil le soin de veiller sur mon trésor. Je m’assoupis sur un nuage élastique et vaporeux et je m’évanouis jusqu’au moment où je m’étire à la caresse d’une aile apaisante. Je souris en rêve et n’ai garde de bouger. Je me dis : tant il n’est rien que rien ne te profite, laisse-toi ce coup-ci mourir d’un vrai bonheur. J’ouvre un oeil avec prudence, d’un regard en coulisse... mais quoi, que vois-je ? Une autruche ;

(la lumière se fait. Une autruche se tient au premier plan)

Le romancier : Or ça, je n’ai donc pas rêvé ?

L’intéressé : Tu connais cette autruche ?

le roamncier : Euh... Mademoiselle...

L’autruche : Madame. Je suis mariée

le romancier. : Déjà, comment ? Expliquez-vous

L’autruche : C’est que voyez-vous... Il y a déjà un mois...

Le romancier : Vous m’en faites accroire...

L’autruche : Mais pas du tout ; La ville est pleine d’autruches. Ce sont les jeunes.

L’intéressé : (à part) La même maladie

Le romancier : Je n’en ai jamais rien su

L’autruche : Pas étonnant. Elles se cachent la tête pour ne se profiler qu’au soleil de vos rêves.

Le romancier : Mais personne...

L’autruche : (familière) Tu te fourvoies, mon chou. Tout le monde en a la bouche pleine, tellement qu’on ne peut plus la fermer non plus qu’articuler l’argument décisif. Quel chaos que la logique d’un romancier. Depuis un mois que durent nos relations, tu n’as pensé à parler de moi qu’aujourd’hui. Ce n’est pas fort gentil. Enfin ! Tu n’es qu’un homme.

L’intéressé : Quel est cet animal ?

L’autruche : Mon dieu, vous le prenez de haut. J’étais simplement venue avec le souci de plaire et l’idée de faire votre connaissance en buvant le thé.

L’intéressé : Jamais ! Avec cet animal qui parle de logique et qui s’apitoie comme si c’était moi qui avais ce bec cornu et ces plumes sur la tête, qui le font ressembler à nos contemporaines.

Le romancier : Laissez Madame s’expliquer.

l’autruche : Je suis confite de vous avoir dérangés. Vous offrir la main serait peut-être ironique. Tendez-moi plutôt votre bec et disons-nous au revoir.

Le romancier : (il la suit) oui... Au revoir...

(elle sort ; une voix en coulisse) : Viens me baiser les fesses

Le romancier : (se tournant vers l’intéressé) Qu’as-tu fait animal ? J’étais sur le point de tout savoir. Ma science universelle et maintenant tout est à recommencer.

L’intéressé : Qu’il recommence. Non, ça ! Le roman n’est pas vécu. Il ne cessera qu’avec la mort de l’âge du papier d’infester notre monde.

FIN